COMMENTAIRES D' ANCIENS

COMMENTAIRES D' ANCIENS

Messagepar admin » Jeu 5 Nov 2015 21:46

Les anciens

Nous avons constaté qu'un thème revenait assez souvent dans nos conversations avec différents groupes: celui de «l'île de la Tortue». Cette appellation désigne le continent nord-américain; l'île d'Ellesmere, au Nord, représente la tête de la tortue; le Labrador, la Floride, la Californie et l'Alaska, les nageoires; le Mexique, la queue. La carapace, soit le centre du continent, est divisée en 13 régions. Chaque région a son gardien et nous faisons partie de l'une d'elles. Pour désigner la tortue dans notre langue, nous utilisons le mot Spoo-pii, qui veut dire littéralement endroit surélevé.

C'est exactement à cet endroit que vous vous trouvez actuellement, endroit qui, de par sa configuration, favorise l'écoulement des eaux dans toutes les directions. Comme pour une vraie tortue, les différentes régions (ou membres) forment les éléments constitutifs d'une entité, l'île de la Tortue, symbole sacré pour nous. Cette entité existe depuis longtemps. Elle nous est toujours utile, et nous l'utilisons. Elle a ses propres lois, son économie, son système éducatif, sa philosophie, sa langue ainsi que sa propre logique. Ce sont des choses qui nous ont toutes été utiles au cours des 500 dernières années et qui continuent de l'être. Il n'y a là rien de nouveau. Les gens devraient prendre conscience de sa nature et se rendre compte qu'elle ne représente pas une menace. Elle constitue notre identité; elle détermine qui nous sommes et ce que nous sommes. C'est une réalité on ne peut plus concrète et pratique qui m'accompagne au quotidien.
Stan Knowlton, Sik-ooh-Kotoki Friendship Society Lethbridge (Alberta), 25 mai 1993*

LA TERRE OÙ NOUS VIVONS est connue des Premières nations sous le nom de l'île de la Tortue. Les rapports que les autochtones entretiennent avec cette terre sont régis par des règles et des principes dont l'origine se perd dans la nuit des temps. Les autochtones croient que le Créateur a prédéterminé la nature de leur relation avec l'île de la Tortue, de même qu'Il leur a fourni les outils et les moyens pour mener une vie qui en est l'expression. Dans leurs langues maternelles, ces peuples décrivent l'essence de leur relation avec le Créateur, le monde naturel, le monde animal et les autres êtres vivants qui sont considérés comme des dons du Créateur. Depuis des millénaires, les générations successives se sont légué le savoir lié au concept de l'île de la Tortue. En effet, elles se sont passé le flambeau de la sagesse ancestrale, des traditions, des rituels, des langues et des valeurs culturelles. Les anciens, les aînés, les grands-pères et les grands-mères ont joué un rôle primordial dans ce processus. Réputés pour avoir une connaissance et une expérience approfondies de la culture autochtone, ils sont perçus comme les dépositaires des enseignements philosophiques qui permettent de vivre en harmonie avec le Créateur et la création.

Guidés par les enseignements des anciens, les autochtones ont pu survivre et s'épanouir; de grandes nations ont pu coexister; le commerce a connu un grand essor; des alliances et des confédérations se sont formées pour servir les intérêts mutuels des peuples, et des relations internationales complexes ont vu le jour. Les nations concluaient des ententes en fonction de la compatibilité de leur conception du Créateur et de la Terre, notre mère. En temps de paix comme en temps de guerre, leurs relations étaient régies par un code de conduite.

Puis un grand changement s'est produit. Il y a quelque 500 ans, des étrangers ont traversé l'océan à destination de cette terre ancestrale, l'île de la Tortue, et l'ont baptisée le «Nouveau Monde». Les nouveaux venus pensaient avoir découvert un continent vierge. Ils ne savaient presque rien des indigènes, dont les pas avaient déjà frayé une multitude de routes et de sentiers. Ils ont fini par se familiariser avec les Premiers peuples, mais sans pour autant comprendre leurs lois, leurs coutumes ou les valeurs qui sous-tendent leurs relations avec l'île de la Tortue.

Pour les Inuit, le territoire forme un tout qui comprend la mer, la terre, la lune, le soleil, le ciel et les étoiles; la terre et la mer n'ont
pas de limites et n'appartiennent à personne. L'—tre Suprême les a créées, mais ne nous les a pas données. Il nous a donné la vie pour que nous fassions partie du tout et pour que nous la partagions avec les autres êtres vivants, les oiseaux, les poissons, les mammifères et les plantes1.
Pour leur part, les nouveaux venus avaient des croyances différentes, qu'ils ont cherché à répandre dans l'espoir d'amener les premiers habitants à voir le monde à leur façon. Il en a été autrement. Les aînés ont continué d'enseigner la sagesse ancestrale au sujet de la vie, d'expliquer la nature des rapports avec le Créateur et de préconiser la coexistence avec les frères et sœurs des règnes végétal et animal. Ils ont su transmettre le concept de cohabitation tel qu'il a été voulu par le Créateur.

Ces enseignements font partie de la tradition intellectuelle des nations autochtones du Canada. Ils sont les fondements mêmes des communautés autochtones. Ils façonnent la vision qu'elles ont de leurs rapports avec le Canada et avec la société canadienne. Pour bien saisir cette vision, nous devons étudier la philosophie qui la sous-tend.
Dans le présent chapitre, nous essaierons de jeter quelque lumière sur ce qu'on appelle communément la tradition intellectuelle nord-américaine. En vertu de son mandat, la Commission devait réaliser des études et formuler des recommandations concernant la situation et le rôle des anciens. Nous avons accordé une attention particulière aux anciens qui ont exposé leurs idées à la Commission, tant aux audiences publiques que dans les mémoires qu'ils nous ont fait parvenir. De plus, nous avons consacré une partie de notre recherche à étudier les préoccupations et le point de vue des anciens.
Ce chapitre, nous l'espérons, reflétera leur optique. Cela dit, nous n'avons nullement l'intention d'homogénéiser les différentes visions du monde des peuples autochtones. Nous reconnaissons néanmoins qu'il existe des problèmes communs aux êtres humains, auxquels toutes les sociétés doivent trouver des solutions — puisque leur survie en dépend — et que les solutions sont limitées. Les peuples autochtones ont des valeurs communes en raison de leurs racines profondément enfoncées dans le sol.

Les anciens nous ont confié qu'ils déploraient le manque de connaissances des Canadiens non autochtones au sujet des peuples autochtones, de leur culture et de leur histoire. Ils sont convaincus que cette ignorance est la cause des malentendus actuels entre les Premiers peuples et le reste des Canadiens. Nous souhaitons donc transmettre dans ce chapitre le message des anciens, message ancré dans le passé, mais qui s'adresse aux générations futures.

1. Qui sont les anciens?
Les anciens sont des personnes qui, par leurs connaissances, leur sagesse et leur expérience acquises au long de nombreuses années, ont mérité le respect et l'affection de leurs communautés. Ce sont également des personnes qui ont su donner l'exemple et contribuer au bien-être des autres. Ce faisant, ils sacrifient souvent un peu d'eux-mêmes, sous le rapport du temps, de l'argent ou des efforts.

Les anciens, les aînés, les grands-pères et les grands- mères ne se contentent pas de préserver le savoir ancestral. Ils l'appliquent au quotidien.
Les anciens sont généralement, mais non exclusivement, des membres âgés de la communauté. Ce sont des personnes qui ont vécu longtemps, qui ont contemplé maintes fois le cycle des saisons et vu changer le monde autour d'eux. Dans de nombreuses cultures autochtones, on estime que la vieillesse s'accompagne de certaines caractéristiques, notamment la perspicacité, la sagesse et l'autorité, qu'on ne retrouve guère dans les premières périodes de la vie. Traditionnellement, les personnes qui atteignaient un certain âge faisaient office de conseillers, de guides et de personnes-ressources pour les jeunes qui cherchaient encore à donner un sens à leur vie. Les anciens avaient déjà acquis une vaste expérience et, à ce titre, pouvaient donner des conseils en s'inspirant de leur connaissance de la tradition et de leur vécu personnel.

Pour les Ojibwas, la vie se compose de quatre collines — l'enfance, la jeunesse, l'âge adulte et la vieillesse — qu'il faut gravir successivement. Pour vivre pleinement sa vie, une personne doit connaître des expériences propres à chacun des âges de la vie. La vieillesse, généralement porteuse de sagesse et de réflexion, est le point culminant de cette évolution personnelle et spirituelle de la personne. En revanche, chez les Gwich'ins, on ne fait partie des anciens que lorsqu'on a vu cinq générations. On estime que les aînés ont reçu des dons, ceux de l'expérience et de la connaissance, dont ils peuvent faire profiter leur communauté.

Cependant, l'âge à lui seul ne suffit pas à faire de quelqu'un un ancien. C'est pourquoi dans de nombreuses langues autochtones, il existe un mot ou un terme pour distinguer les anciens de ce que nous appellerions les personnes âgées. Chez les Inuit, les personnes âgées sont appelées des inutuqak, tandis que les anciens sont désignés par l'expression angijukqauqatigiit, qui veut dire «union des chefs».

De plus, les anciens possèdent des attributs particuliers. Ce sont des personnes que l'on sait dotées d'une sagesse exceptionnelle et qui connaissent leur culture et les enseignements du Grand Esprit. Les anciens sont perçus comme des personnes sages, stables et capables de savoir ce qu'il convient de faire dans telle ou telle situation. On se tourne vers eux lorsqu'on a besoin de conseils judicieux. Généreux, ils ont la réputation d'être disposés à partager le fruit de leur labeur et de leur expérience.

Les collectivités désignent qui de leurs membres font partie [...] des aînés du village. Toutefois, au sens strict du terme, les anciens sont également des chefs spirituels qui vouent leur existence au bien-être de la communauté jusqu'au jour où ils rejoignent le monde des esprits. [...] Ils ont été initiés à leur culture; ils la connaissent bien et l'appliquent au quotidien. Ce sont ceux-là les véritables anciens. Nous avons certains anciens dont vous n'entendrez probablement jamais parler. Ils vivent dans la forêt, au sein de leurs communautés, mais ils sont quand même des anciens, des chefs spirituels qui assument leur titre.
Vern Harper, ancien Toronto (Ontario) 25 juin 1992

Pour les Mohawks, le titre d'ancien est sacré. Les Ojibwas emploient le terme Kichenishnabe, qui veut dire «personnes éminentes», pour désigner les anciens. Les communautés inuit du Keewatin, dans les Territoires du Nord-Ouest, attribuent le titre d'ancien aux «personnes qui sont capables de se remémorer leurs habitudes passées et les connaissances que leur ont inculquées leurs parents et grands-parents4».
Bien que le titre d'ancien soit un titre honorifique, les anciens fidèles aux traditions ne cherchent pas à s'en prévaloir. C'est une prérogative que leur accorde leur communauté mais qui ne les empêche pas de garder les pieds sur terre, de rester humbles. Ils ont peut-être une expérience de la vie relativement longue, mais ils se sentent néanmoins jeunes par rapport à leur patrimoine culturel ancestral. [TRADUCTION] «Même moi qui suis maintenant une ancienne, j'apprends encore de nouvelles choses», a déclaré Virginia Alexander, de la Nak'azdli Elders' Society, lors de nos audiences à Stoney Creek (Colombie-Britannique).

Les enseignements dont les anciens sont dépositaires émanent du Créateur et ont été transmis de génération en génération. Comme l'a fait valoir l'Ojibwa Alex Skead, lors de nos audiences à Kenora (Ontario): [TRADUCTION] «À titre d'ancien, je suis votre grand-père à vous tous, ici présents. J'ai peut-être 70 ans, mais je me sens encore comme un enfant tellement j'ai de choses à apprendre dans la vie.»

Les anciens sont disposés à prendre le devant de la scène, à condition qu'on le leur demande. Il appartient à la collectivité de solliciter leur sagesse et leur sagacité. Imbus des préceptes éthiques du Créateur, les anciens sont la voix de la conscience de leur collectivité.
[TRADUCTION] Lorsque nous parlons d'économie, de développement ou de finances, nous ne devons pas perdre de vue la réalité. Nous devons tenir compte de divers facteurs, notamment la qualité de vie, la paix et la collectivité. Je pense que si les autochtones ont quelque chose à offrir à la Commission, c'est cette dimension. L'éthique est en effet indispensable à la survie de toute société. Toute question d'ordre politique, sans exception aucune, comporte une dimension morale. De même, toute solution doit être envisagée dans cette optique. C'est le volet responsabilité de la fonction gouvernementale, tant pour les dirigeants que pour le peuple.
Oren Lyons, ancien Chef onondaga et gardien des valeurs traditionnelles Confédération iroquoise Akwesasne (Ontario), 3 mai 1993

Dans leurs enseignements, les anciens ne sont ni contraignants ni envahissants. Ils mènent leur vie en prenant exemple sur leurs ancêtres et en suivant les lois du Créateur. Ils ne sont pas avares de conseils, pourvu que l'on s'adresse à eux dans les formes. Ils ont plaisir à relater les histoires et les légendes qui appartiennent à leur culture, mais se gardent bien d'imposer leur interprétation personnelle quant aux leçons à en tirer.

Les anciens savent prêter l'oreille, qualité qui témoigne de leur humilité et de leur patience. Pour les peuples qui s'appuient sur la tradition orale, savoir écouter est un art indispensable. On ne prétend pas savoir; on écoute et on apprend. Comme le disent les anciens, le Créateur nous a donné deux oreilles, mais seulement une bouche. À ce propos, un Ojibwa nous a confié ceci:
[TRADUCTION] Vous pouvez être une personne d'une rare érudition, cela ne signifie pas que vous êtes sage. Vous devez écouter ce que les gens ont à dire et être attentif tant à leur élocution qu'à leurs paroles.
Dominic J. Eshkawkogan, ancien Ojibway Cultural Foundation Sudbury (Ontario), 31 mai 1993

Le titre d'ancien s'applique aux hommes et aux femmes. Ensemble, ils sont les dépositaires de la sagesse traditionnelle. Cela dit, il est admis que les hommes et les femmes n'ont pas la même expérience de la vie. Par conséquent, leurs rôles et leurs responsabilités diffèrent dans certains cas.
Nous aimons également faire participer, dans la mesure du possible, les sages-femmes traditionnelles. Celles-ci sont souvent des anciennes qui ont été formées comme sages-femmes aussi bien dans des hôpitaux modernes qu'à la façon traditionnelle. Autant que possible, on essaie de trouver un équilibre entre les deux méthodes de sorte que la sage-femme du village préserve les valeurs ancestrales de sa communauté.
Aani Tuluguk Table ronde nationale sur la santé et les questions sociales Vancouver (Colombie-Britannique)
11 mars 1993

Pour ce qui est de notre rôle comme femmes parmi les anciens, nous agissions dans l'ombre, ma grand-mère, mes tantes et moi, comme des chefs occultes, ce qui était chose courante dans les premiers temps de notre communauté.Tout le monde venait chercher conseil auprès de ma mère, de mes tantes et de ma grand-mère. Même les hommes ne participaient jamais à des assemblées sans d'abord solliciter l'avis des femmes. Nous avions une réunion de famille, de l'ensemble de la communauté, avant le départ des hommes. Les décisions se prenaient en famille.
Thelma Chalifoux, sénatrice Nation métisse de l'Alberta Winnipeg (Manitoba), 22 avril 1992

Chez la nation métisse, le titre de sénateur est conféré à des personnes pour rendre hommage à leur savoir et à leur sagesse. Le terme a sensiblement la même connotation que l'appellation «ancien» dans les culture des Premières nations. Même dans certaines sociétés autochtones, on appelle les anciens grands-pères et grands-mères. C'est une façon de reconnaître leur statut de sages. De plus, ces appellations propres à la famille indiquent le rôle important que jouent les anciens dans l'éducation des enfants. Par ailleurs, les anciens appliquent aux relations avec la famille et la collectivité leur savoir spirituel sur les liens qui unissent les éléments de la création. Des intervenants nous ont renseignés sur la manière dont les choses se passent dans certaines collectivités inuit:

Des anciens, les enfants apprenaient le respect. [...] Et dès l'âge de 10 ans, ils commençaient à assumer de plus en plus de responsabilités. On confiait aux garçons et aux filles des tâches différentes et on les encourageait à aider les anciens dans leurs tâches. Les enfants découvraient alors l'importance de la coopération et se familiarisaient avec divers aspects sociaux du mode de vie traditionnel des Inuit.
James Panioyak, ancien Cambridge Bay (Territoires du Nord-Ouest) 17 novembre 1992

Ensemble, les anciens et les parents avaient un rôle à jouer dans l'éducation des enfants. On nous a appris à respecter nos pairs; à observer les règles; à apprécier et à connaître la vie et le monde des animaux (on tue seulement les animaux qui ont atteint l'âge adulte, et uniquement par besoin); à être sensibles aux conditions climatiques et à la configuration du territoire. On nous a inculqué des connaissances sur la langue, la vie, la survie et la chasse. Dans le respect de tous, nous avons appris à partager avec autrui et à penser à la communauté.

Des intervenants de tous âges ont parlé avec passion du rôle primordial des anciens dans la société contemporaine. À mesure que de nombreux autochtones redécouvrent leur appartenance, les anciens sont perçus comme un lien vivant avec les enseignements transmis à l'origine par le Créateur. Certains participants se sont plaints du fait que l'influence des anciens dans la société autochtone moderne semble s'amoindrir de plus en plus. Ils considèrent que cette situation reflète l'érosion de la culture traditionnelle autochtone: La modernité semble estomper la tradition.

En effet, les méthodes et les enseignements de nos anciens ne parviennent même plus aux jeunes générations. Alors qu'ils étaient jadis d'indispensables guides et conseillers, nos anciens sont maintenant traités comme une quantité négligeable. Nous sommes désormais perdus et c'est sans espoir, semble- t-il. Nous ne pouvons, hélas, retourner dans le passé. Au rythme où vont les choses, nous ignorons quel sera notre avenir. Nous avons tout laissé tomber, même notre mode de guérison spirituel et les préceptes propres aux Dénés. Nous flottons dans les limbes.
Robert Norwegian Foothills Pipe Lines Calgary (Alberta), 27 mai 1993

C'est justement parce qu'ils se sentent désorientés que de nombreux autochtones se tournent vers les anciens. Ils disent que les anciens leur rappellent leur responsabilité à l'égard de l'avenir. Tournés vers l'avenir et non vers le passé, leurs enseignements peuvent servir de base à l'édification d'une communauté saine, capable de prendre sa destinée en main.
Claude Aubin
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